De la promesse à la déception: la voie économique du président Tinubu

De la promesse à la déception: la voie économique du président Tinubu
Nigeria

Au cœur de l’Afrique, une crise économique fait rage, secouant les fondations de la plus grande économie du continent. Le Nigeria, un colosse démographique avec plus de 210 millions d’habitants, traverse actuellement l’une des pires périodes économiques de son histoire récente. Une inflation galopante frôlant les 30% annuels et une monnaie nationale en chute libre sont les symptômes visibles d’une maladie économique profonde qui ébranle toute la nation.

La dépréciation du naira, monnaie officielle du Nigeria, illustre de manière frappante l’ampleur de la crise. Depuis mai 2023, le naira a perdu environ 70% de sa valeur, un effondrement spectaculaire qui se répercute sur l’économie de tous les jours. La parité avec le dollar américain, qui est un indicateur clé de la santé économique, a atteint un niveau plancher historique, avec un taux de change qui a plongé à 1 590,5 nairas pour un dollar, loin des 900 nairas du début de l’année. Cette dévaluation abrupte est une lame de fond qui a submergé le pouvoir d’achat des Nigérians, catapultant le coût des biens de consommation vers des sommets inaccessibles pour la majorité.

Face à cette crise, Bola Tinubu, président du Nigeria, a esquissé une réponse avec la proposition de mobiliser au moins 10 milliards de dollars pour regonfler les réserves de devises et soutenir le naira. Cette initiative, bien qu’ambitieuse, peine à être une panacée aux troubles économiques du pays. Depuis son investiture en mai 2023, Tinubu s’était engagé à mettre en œuvre des réformes pour redresser le Nigeria, mais ces promesses semblent s’étioler face à une crise qui ne fait qu’empirer.

L’érosion de la monnaie nationale a pour corollaire l’accélération de l’inflation, qui met les foyers nigérians en grande difficulté, avec des répercussions tangibles sur leur capacité à répondre aux besoins élémentaires. Pieter Scribante, économiste chez Oxford Economics, projette une ombre sur l’avenir économique du pays, avertissant que l’année 2024 pourrait être marquée par la persistance de ces conditions, entravant la consommation et la croissance du secteur privé.

Dans un tel contexte, la Banque centrale du Nigeria se prépare à une hausse des taux d’intérêt, une augmentation d’au moins 200 points de base étant attendue lors des réunions cruciales prévues à la fin février et fin mars. Cependant, selon l’évolution des indicateurs économiques, un resserrement monétaire plus prononcé pourrait devenir indispensable afin de juguler l’inflation et de remettre l’économie sur les rails.

Le Nigeria est ainsi confronté à un chemin escarpé vers la relance économique, nécessitant un engagement ferme de l’ensemble des acteurs nationaux et internationaux. La crise va bien au-delà des chiffres et des courbes économiques; elle touche au cœur des fondements sociaux et politiques du pays. Les manifestations populaires contre le gouvernement et l’accroissement des disparités économiques font monter les tensions sociales. Un cercle vicieux qui pourrait s’intensifier si des mesures efficaces ne sont pas rapidement implémentées.

En définitive, l’urgence est manifeste pour les autorités nigérianes qui doivent agir promptement et de manière résolue pour stabiliser l’économie, protéger les citoyens les plus vulnérables et engager des réformes de fond capables d’impulser une croissance économique durable et inclusive. La tâche est colossale, mais la stabilité économique du Nigeria est essentielle non seulement pour ses citoyens, mais aussi pour l’équilibre régional et le développement global de l’Afrique. L’heure est venue de transformer les promesses en plans d’action concrets, pour que l’économie nigériane reprenne des couleurs et retrouve son rôle de leader sur le continent.